En juillet 2005, les responsables des trois églises chrétiennes publiaient une lettre ouverte, dénonçant la détresse des familles migrantes déboutées du droit d’asile se retrouvant à la rue. Ils affirmaient leur disponibilité pour collaborer avec les responsables publics et les élus afin de chercher des solutions qui garantissent à ces familles des conditions de vie dignes.

Sur fond de préparation de la commémoration du centenaire de la loi de 1905, les responsables des églises catholique, protestante et orthodoxe de Loire-Atlantique, - Mgr Georges Soubrier, le Pasteur Jean-Pierre Rive, le Père Lambert - avec le maire de Nantes, Jean-Marc Ayrault et le président du Conseil Général de Loire Atlantique, Patrick Maréchal, ont décidé de mettre en place une structure pour donner une réponse à cette situation.

A l’automne 2005, Jean-Pierre Rive et Yves Michonneau, mandatés par leurs Eglises respectives, ont négocié avec les collectivités territoriales les moyens à mettre en œuvre et les modalités de fonctionnement. Cela a abouti à la naissance de L’Accueil d’abord et au dépôt de ses statuts en préfecture le 12 janvier 2006, dont l’objet est « d’accueillir et d’accompagner humainement les familles et les personnes migrantes en situation de grande précarité, notamment les personnes déboutées du droit d’asile. Son action s’étend sur le département de Loire Atlantique. Elle est portée et inspirée par les trois Eglises catholique, orthodoxe et réformée, toutes heurtées par des situations inacceptables et contraires aux droits de l’homme que notre société ne peut pas admettre. »

La Mairie de Nantes a mis d’emblée, à disposition 6 logements temporairement inoccupés du domaine administratif, le Conseil Général prenant à sa charge, - partiellement - les coûts de fonctionnement de ces logements. Les Eglises assurent l’accompagnement humain, social et logistique. Puis, un 7ème logement a été proposé par la ville de La Chapelle sur Erdre, en juillet 2006.

Depuis l’origine, l’Accueil d’Abord héberge les familles migrantes les plus vulnérables, celles qui sont déboutées du droit d’asile, sans ressources et sans toit après leur passage en CADA*ou autres structures d’accueil… Ces familles restent dans les logements de l’Accueil d’abord…  en moyenne 2 ans, le temps d’obtenir des papiers, un logement et du travail…

 

Les statuts initiaux prévoyaient que l’Accueil d'Abord prendrait fin au plus tard le 31 octobre 2007.... L’association estime que les pouvoirs publics, éventuellement en lien avec d’autres organismes, devraient poursuivre cette action d’accueil et d’accompagnement. »

C’était une vision optimiste. Le durcissement de la législation vis-à-vis des personnes migrantes, le nombre croissant de familles à la rue, ont amené l’association à inscrire son action d'accueil et d'accompagnement sur le long terme : « L'association prendra fin 1e jour où l'ensemble des migrants présents en Loire-Atlantique seront logés et accompagnés dignement. » (Statuts modifiés en 2017).

Lors du dépôt des statuts en 2006, nous marchions sur « une ligne de crête » entre la légalité et le devoir d’humanité envers ces familles migrantes à la rue. En effet, héberger des personnes  déboutées du droit d’asile entrait dans le champ d’application du délit dit « de solidarité ». Ce dernier  a vu son champ d’application considérablement réduit sous la pression de diverses associations engagées auprès de personnes migrantes. Aujourd'hui, l’hébergement de personnes déboutées du droit d’asile n’est plus considéré comme un délit.

Dans les premiers temps de l’association, les rapports avec les collectivités territoriales et la préfecture étaient un peu distants, emprunts d’une certaine réserve… Durant les deux premières années, nous avons su montrer que l’association n’était ni un groupe de pression et ni instrumentalisée sur le plan politique… Notre préoccupation était humanitaire et notre accompagnement des familles fut apprécié. Nous pouvions rencontrer la préfecture avec des dossiers étayés et discuter des situations des familles en vue de leur régularisation… De même, dans les relations avec nos financeurs, CCAS et Conseil Général, nous avons établi des rapports de confiance qui ont permis à l’association d’être reconnue et de se développer.

 

Entre 2006 et fin 2018, l’association a hébergé environ 50 familles, soit plus de 200 personnes. 90% d’entre elles sont aujourd’hui autonomes financièrement et intégrées dans la société française.

*CADA: Centre d’Accueil pour Demandeurs d’Asile